I.Alimentation et Restauration – Interview

03/05/2012

Interview

 

Jerôme Estèbe – Tribune de Genève

 

Quelle place occupe la Suisse au niveau de l’alimentation ?

« La suisse doit importer pas mal de céréales, produits de la mer. En regardant le plan de la suisse (montagnes etc.), elle n’est pas en état d’autonomie alimentaire. »

En suisse nous pouvons remarquer qu’il y a de plus en plus de variétés dans les restaurants, épiceries, magasins, pourquoi ?

« Il y a toujours eu beaucoup de restaurants en Suisse, mais j’ai l’impression que les commerces d’alimentation de proximité sont entrain de disparaître. Ex: dans mon quartier à Paquis, avant il y avait trois boucheries, un poissonnier, quatre ou cinq épiceries, mais tout à fermé et il reste plus qu’un épicier.

Quant à la diversité, il est clair qu’il y a deux phénomènes, d’abord, l’immigration, c’est à dire qu’il y a des populations, des communautés qui s’installent dans les villes suisses, avec leur culture et qui ouvrent des commerces pour ces communautés. Nous le voyons beaucoup à Genève avec des épiceries exotiques, africaines, asiatiques etc. Il y aussi le voyage, les suisses voyagent beaucoup, les prix de l’avion ont beaucoup baissés et les suisses ont de l’argent, donc ils voyagent beaucoup. Ils vont à l’extérieur et goûtent les plats, ex : thaï, curry etc. Quand ils reviennent ils veulent retrouver ça. L’ouverture sur l’extérieur, le reste du monde à beaucoup fait développer la diversité.

Il y a 20 ans, à la Coop ou à la Migros par exemple, on ne trouvait pas du tout de produit exotiques. »

Croyez-vous que les fast food influencent la mauvaise alimentation des personnes ?

« Tout dépend des fast foods, mais si on parle de l’influence de l’alimentation américaine, (hamburgers etc.), on peut dire que oui. J’ai lu qu’à Genève il y a la plus grande densité de Macdonald du monde, le plus de Macdonald par habitant. La mauvaise alimentation peut être liée au fast food, ce n’est pas de l’alimentation qui est très fraîche. Malgré tout les efforts que font ses maisons pour communiquer et pour dire le contraire, c’est quand même pas de la nourriture très variée, très diététique et très bonne pour la santé. Cela dit, moi je ne suis pas contre, je ne trouve pas que ce soit le diable non plus. Le problème c’est que les gens qui s’alimentent là dedans, souvent ne font rien d’autre, ils ne mangent que cela, donc si quelqu’un prenait des repas tout à fait variés, cuisinés avec des produits frais, qu’il se cuisine lui-même et qu’il va de temps en temps au Macdonald, c’est très bien. »

Pour de raisons de travail, école etc, nous mangeons vite et en général des sandwichs ou dans des restaurants. Que pensez-vous de cela ?

« Je pense que quand j’avais votre age, je faisait pareil et je le fais encore. Ce qui serait bien ce serait de prendre peut être un repas rapide par jour, et de prendre un repas plus équilibré par jour. C’est vrai que dans notre mode de vie moderne, on ne va pas toujours rentrer chez soi pour se préparer un repas équilibré, ce n’est pas possible. Il faut arriver à pondérer ça avec d’autres habitudes alimentaires un peu plus raisonnables. »

Pensez-vous que l’alimentation à Genève a beaucoup évolué ces dernières années, si oui, comment ?

« D’abord, il y a évidemment l’influence de la cuisine industrielle, mais cela fait 30 ans, ce sont les produits réchauffés au micro-ondes, les pizza que l’on commande etc. Cela ne pose pas problème si c’est de temps en temps, quand on rentre du travail fatigué, par exemple. Mais il ne faut pas que ça devienne une habitude.

Il y a le courant international, exotique qui, dans une ville internationale comme Genève, a pris une importance folle avec beaucoup de bistrots exotiques et l’arrivée des produits exotiques dans les commerces, même dans les supermarchés. Dans les années 80 -  début années 90, il n’y avait pas tous les curry, piments, tortilla que l’on trouve à la Coop ou la Migros.

Depuis dix ans, il y a une prise de conscience, d’une partie de la population qui se dit qu’ils vont essayer de manger des produits de saisons, des produits locaux et cela est entrain de devenir aussi un courant très fort dans l’alimentation des genevois. On voit cela dans les marchés, les commerces de produits locaux marchent vraiment bien.

Il y a dix ans une épicerie a essayé d’ouvrir, et a dû fermé parce que ça ne marchait pas, et récemment il y a deux ou trois à Genève qui marchent bien. Donc, effectivement une partie des gens à Genève se tourne vers l’agriculture de proximité, vers les produits locaux, de saisons. Cependant, vu la taille du canton et la taille de la campagne genevoise, celle-ci ne pourrait jamais être suffisante pour nourrir la population genevoise, donc on est obligé d’importer. »

Si on a que des produits régionaux à Genève, est-ce que le prix des produits va baisser ?

« Non, vu qu’on est dans un pays où les salaires, le matériel, la terre sont chers et plus chers qu’ailleurs, les produits régionaux le sont aussi. On économise peut-être l’argent du voyage mais pour le reste ce serait plus cher. Donc, choisir les produits locaux est en aucun cas une manière d’économiser. Cela dit, entre acheter des tomates répugnantes qui viennent d’ailleurs en janvier, ou attendre la saison pour acheter des tomates genevoises un peu plus cher, j’attendrais plutôt la saison pour acheter des genevoises. »

Pour vous, est-ce que les produits bios sont une nouveauté ? Qu’apportent-ils à notre société ? Alimentation saine pour les riches et alimentation malsaine pour les pauvres ?

« A Genève, il y a beaucoup de coopératives d’agriculteurs qui font bio et peut avoir une assez grande gamme de produits de saisons bios locaux. Aujourd’hui, les supermarchés font beaucoup d’effort. Auparavant, cela n’existait pas. Il y a vingt ans en arrière, il devait y avoir seulement deux ou trois produits bios dans les supermarchés, et maintenant on peut voir qu’on en offre beaucoup plus.

Il est vrai qu’il y a une espèce de fracture sociale, vu que les produits bios sont plus chers. C’est-à-dire qu’il y a quand même des gens qui n’ont pas trop de problèmes financiers qui vont pouvoir se payer les produits bios, alors que les autres cherchent les produits en action dans les supermarchés, qui ne sont jamais bios. La nourriture bio n’est pas pour tout le monde. »

Comment est-ce que le réchauffement climatique a une influence sur l’alimentation ?

« Le réchauffement climatique permet une diversité alimentaire, il y par exemple des aliments qui ne mûrissaient pas auparavant, à Genève. Par exemple, c’est une nouveauté de produire les piments et les poivrons ici. Donc, moi je dirais que le réchauffement climatique pour l’agriculture, suivant l’altitude, peut être une bonne chose, paradoxalement. »

Comment voyez-vous l’avenir dans le domaine de l’alimentation ?

« L’alimentation est un sujet qui intéresse les gens, beaucoup plus qu’auparavant. On a envie de savoir, apprendre, connaître ce qu’on mange. Cela me paraît plutôt positif. Il y aussi la diversité qui fait évoluer l’alimentation des Genevois. Moi, je suis optimiste, je trouve que c’est mieux qu’avant. »

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