A. Banque et finances – Interview 2

03/04/2012

1.   Selon vous, qu’est-ce qui fait que les banques privées genevoises fonctionnent mieux qu’ailleurs ?

 

La place financière de Genève est reconnue de longue date comme un leader dans la gestion privée.

Alors que la Suisse gère 28 % de la fortune mondiale transfrontalière concernant la clientèle privée, Genève est le berceau et la capitale de cette gestion de patrimoines privés internationaux. Les établissements de la Place financière de Genève sont en contact avec des clients établis dans le monde entier, y.c. dans le Golfe arabo-persique, l’Amérique latine, l’Europe de l’Est et l’Asie.

 

La force de la Place genevoise est sa grande internationalisation, attestée par la présence de quelque 80 banques étrangères, ces dernières représentant plus de    40 % des emplois bancaires.

 

De nombreux facteurs expliquent le développement de cette Place, à commencer par la compétence de ses cadres et de son personnel, une offre de produits financiers couvrant tout le spectre des classes d’actifs, et des compétences spécifiques dans les différents domaines de l’Asset management.

 

A noter aussi l’importance de l’activité de financement du négoce des matières premières (CTF) dans laquelle Genève dépasse désormais Londres, en raison aussi du développement du cluster des entreprises actives dans les matières premières et présentes dans l’Arc lémanique.

 

2. Selon vous, quels changements négatifs/positifs pourraient voir le jour pour la Suisse au sujet du secret bancaire par rapport aux problèmes liés aux accords « Rubik » avec les autres pays d’Europe et les Etats-Unis ? Une extinction du secret bancaire en Europe serait-elle possible ?

 

Depuis mars 2009, la Suisse accorde désormais l’entraide administrative à des autorités étrangères portant sur des cas démontrés de soustraction fiscale à laquelle des clients résidant à l’étranger se seraient livrés.

 

Dans la foulée, des dizaines de conventions de double imposition (CDI) ont été renégociées par la Suisse avec des pays étrangers, afin de formaliser et encadrer cette entraide administrative fiscale, selon un modèle développé par l’OCDE et que la Suisse reconnaît désormais sans réserve.

 

Le secret bancaire demeure donc une obligation de base pour tout organe bancaire qui aurait connaissance de la situation patrimoniale d’un client, qu’il soit étranger ou suisse, domicilié dans notre pays ou ailleurs, mais cette obligation de secret ne pouvant déjà être opposée dans les cas de fraude ou de blanchiment) peut désormais être levée par une autorité judiciaire suisse dans le cadre de ces accords d’entraide.

 

Les accords dit “Rubik”, qui prévoient un impôt libératoire à la source moyennant la préservation de l’anonymat du client, sont un moyen ingénieux pour régulariser des situations historiques, pour permettre aux fiscs étrangers de prélever des sommes relativement importantes sur des patrimoines qui leur échappaient jusqu’à présent, tout en permettant à la Suisse de ne pas divulguer l’identité de ses clients qui ont déposé leur patrimoine en Suisse (pour des raisons qui peuvent fort bien ne pas avoir été dépendantes de questions fiscales, mais découlant aussi de la situation politique ou budgétaire de pays étrangers).

 

Cela dit, l’essentiel des acteurs de la Place suisse demeure hostile à l’échange automatique d’informations (sur des comptes de clients étrangers), tel que préconisé par l’Union Européenne, mais qui contreviendrait à notre ordre interne et à notre stratégie d’argent déclaré, et ferait de nos banques les acteurs zélés des autorités fiscales étrangères, à fortiori pour de nombreux pays dont la gouvernance n’est pas nécessairement celle à laquelle des citoyens de bonne foi peuvent s’attendre.

 

 

3. Quels sont vos prédictions, changements, évolutions, pour 2020 ? 

 

Je n’ai pas de boule de cristal, nous ne sommes que des acteurs régionaux et n’avons pas la maîtrise des réflexions et négociations internationales en cours.

 

 

 

Steve Bernard ( Genève Place Financière)

 

Retourner au sommaire

Comments :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *